Regards croisés sur l'enfance se veut un terreau vivant de réflexion sur l'enfance. Pari gagné pour Jacques Poncet et son équipe. Dynamisme, simplicité et Intelligence animent ces rencontres très fertiles.
Anne KERBRAT (le Dauphiné Libéré)
le 20
janvier

Dans le cadre des rencontres cinématographiques,
deux réalisatrices au travers de leur court-métrage ont dévoilé
l'enfance soumise au silence dévastateur. Deux courts au programme,
celui de d'Alexandrine Brisson "C'était pas la guerre"
sur fond de guerre d'Algérie et celui d'Hélène
Milano, "Comme ça, j'entends la mer". Deux courts qui en
disent long sur le non-dit, le silence oppressant et ses méfaits
sur l'éducation d'un enfant. Dans le court de d'Alexandrine
Brisson la petite Marie n'échappe pas au climat ambiant,
soldats au-dessus du toit de sa maison, inscriptions sur les murs, sa nounou
qui lui est arrachée, les conciliabules incessants de ses parents.
Elle voit tout. Elle entend tout. Mais reste seule dans son monde intérieur
et ses angoisses inhérentes à sa situation. Le père
ébauche bien une esquisse de parole mais si conventionnelle qu'elle
reste lettre morte. " J'ai voulu montrer, a affirmé la réalisatrice
que le silence, la surprotection de l'enfant, le cocon ouaté peut
conduire à une mise à l'écart qui est une autre forme
de maltraitance. "
En écho à cette forme de violence, le court d'Hélène
Milano est fort édifiant. Une jeune enfant, sauvage et libre
vit dans sa tribu en bord de mer. À elle, qui ne connaît pas
le sentiment amoureux, les émois du corps, on va donner un mari.
Elle résistera en vain. Son destin s'inscrit dans une tradition à
laquelle elle ne peut déroger. " Cette histoire a confié la
réalisatrice, est celle de mon arrière-arrière grand-mère
qui finira plus au moins par en perdre la raison. Elle ne se remettra jamais
de sa nuit de noce forcée. " Dans le court, la grand-mère
et la mère ont vécu ce traumatisme mais ne préparent
pas la fille. Pas un mot. Rien. Un silence abyssal qui germe sur un nid
de douleur. Les mots pour préparer, les mots pour adoucir, les mots
pour expliquer, les mots qui comme le sang circulant dans les veines, rendent
vivant, ces mots là ne sortent pas. Les adultes vivent retirés
dans leur citadelle de douleur ou d'égoïsme. L'enfant est considéré,
somme toute, comme quantité négligeable. Et c'est ainsi que
les destins se scellent dans la violence du silence.
le 21 janvier
"Eloïse s'en va"
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Catherine
Vrignaud-Cohen |
Anne Jurkovitz
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Sonia Périoche
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Véronique
Folligan
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L'enfance Massacrée sur la sellette
Le court-métrage de Catherine Vrignand Cohen a marqué les esprits. "Pour la réalisation de ce film a affirmé cette dernière, j'ai voulu travailler sur l'émotion pas sur l'explication. ". "Très fort et bouleversant" a de son côté confié l'intervenante Anne Jurkovitz, avocate SOS inceste à Grenoble. Le poids du silence y est prégnant. La mère, la grande sœur, personne ne voit, n'entend mais tout le monde sait. Il n'y a pas de violence de la part du père incestueux envers la victime comme c'est souvent le cas." Et l'avocate de relever le milieu social de la famille, aisé. Aucunement épargné par ce genre de drame. Et de spécifier : "Sur 10 affaires criminelles, 7 concernent l'inceste par personne ayant autorité." L'absence de violence chez le parent incestueux ne permet pas en effet à l'enfant de l'identifier comme réel agresseur avec les conséquences que cela entraînent. Véronique Folligan du CIFF à Pierrelatte ayant été elle même victime d'inceste confirme par son témoignage courageux et édifiant : " L'enfant est ainsi coupé de tous ses moyens de défense à l'âge adulte. Il n'arrive plus à repérer dans la vie le bon, du méchant." A contre courant avec les propos de Boris Cyrulnik et de sa résilience, elle affirme haut et fort : "C'est une blessure qui ne se répare pas même si on peut s'en sortir. L'inceste c'est ne plus avoir de repère et pour longtemps. Et aujourd'hui à l'heure où les valeurs s'effondrent il faut être d'autant plus vigilant. Tous les adultes doivent reprendre leur rôle d'éducateur et de protecteur." Les répercussion de l'inceste sur la vie de l'enfant est énorme qu'elles soient psychiques ou physiques. La difficulté de l'enfant consiste à dépasser "la loyauté" qui le lie aux parents agresseurs en parlant. Le processus peut être très long. "J'ai 46 ans a affirmé l'intervenante du CIFF, la première fois que j'en ai parlé, j'avais 40 ans. " Le débat a permis de rappeler l'urgence absolue de la prévention dans les écoles. De son côté la justice comme l'a stipulé l'avocate a pris des mesures allant dans le sens des victimes puisque la loi du 9 mars 2004 permet à chaque personne victime d'inceste d'être entendue jusqu'à 20 ans après sa majorité tenant ainsi compte de l'amnésie ou du déni qui frappent souvent les victimes dans un premier temps. La reconnaissance judiciaire étant, selon l'avocate, une étape importante dans le processus de reconstruction.
Anne KERBRAT (le Dauphiné Libéré)
en soirée...
Le court métrage d'Olivier Riou "Chasse gardée" en présence du comédien Jean-François Galotte a servi de support à un débat sur la maltraitance.
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| Dominique
Thélliez |
Jean-François
Galotte et Alain Ouzazna |
Anna.KERBRAT (Le Dauphiné Libéré)
Le dernier débat des rencontres cinématographiques a tourné autour de la notion de bienveillance dans l'éduction des enfants, en opposition à la malveillance, thème traité lors de l'ouverture des journées.

Anne Morlon
Deux intervenantes pour
ce dernier débat, avec Anne Morlon, psychologue
clinicienne et Véronique Folligan du CIFF de Pierrelatte.
Deux courts métrage au programme " Salomé"
de Lucia Sanchez et "Souffle" de Delphine et
Muriel Coulin. Les propos tenus par Anne Morlon ont tout d'abord rappelé
la nécessité de la concomittance des besoins nourriciers
de l'enfant et de sa demande affective et ils ont d'autre part souligné
que le temps de l'enfant n'est pas le même que celui de l'adolescent
ni que celui de l'adulte. « II est du devoir de l'adulte de
s'adapter au rythme de l'enfant ou du moins de le respecter. »
Et d'en revenir tout simplement au bon sens de la part des parents : «
Le bébé envoit des messages tout le temps, il suffit de
l'écouter. » Dans nos sociétés occidentales
où la conception de l'action est valorisée au plus haut
point jusqu'à devenir tyrannique peu de place est laissée
à l'inaction, à la rêverie, à l'ennui, dévalorisés,
représentant pourtant un temps néces-saire à la construction
de soi. Jacques Poncet de souligner : « II
faut savoir que ne rien faire, c'est un recentrage
qui donne de l'épaisseur au temps. » Véronique Folligan de soulever un
autre point loin d'être anodin, beaucoup trop d'adolescents assument
des responsabilités d'adultes. « II faut laisser l'enfant
a t-elle dit à son stade de développement. Je pense par
ailleurs que les femmes qui sont atteintes de jeunisme, qui restent des
étemelles adolescentes, ne rendent pas service à leurs enfants.
Cette attitude immature désorganise la société. »
Et en écho Anne Morlon de répondre : « II y a
en effet des, facettes de leur personnalité qui reste en incomplétude.
Il est important que chacun reste à sa place, la frontière
transgénérationnelle a toute son importance. »
Véronique Folligan a établi des comparaisons avec la culture
africaine dont elle est en partie issue, mettant l'accent sur les différences,
le temps qui est accordé à l'enfant, sa relation très
étroite non pas seulement avec la mère mais à une
communauté, les rites qui aident à se construire etc...
La tyrannie de l'enfant roi a également été évoquée
et Anne Morlon de confirmer : « J'ai toujours remarqué
que si on dit non à un enfant et qu'il sait que c'est pour son
bien, c'est toujours accepté. » L'angoisse des parents,
très présente de ne pas être à la hauteur,
doit être balayée par le fait qu'il n'existe pas de parent
parfait et c'est très bien ainsi. Il est important de dire à
son enfant qu'on peut se tromper. Car comme l'a affirmé Katia Florès
citant les propos de Donald Wood Winicott : "L'enfant se construit
aussi sur les défaillances de son père et de sa mère.
" Laissons le mot de la fin à Anne Morlon ; « L'important
avant tout pour les parents c'est d'être cohérent dans les
positions qu'ils tiennent. Ce qui va permettre à l'enfant d'avoir
confiance dans l'adulte. Les parents ne sont pas parfaits. Ce n'est pas
grave mais il faut qu'ils restent fiables. »