4e RENCONTRES de Bourg St Andéol

"REGARDS CROISÉS AVEC L'AUTRE"

Des rencontres très enrichissantes


Lorsque les paroles ne restent pas lettre creuse et tiennent notre esprit en éveil, l'ouvrent à d'autres perspectives, on peut parler de communication, d'échanges véritables. C'est la marque incontestable de la 4ème édition des rencontres de Bourg avec pour thématique cette année « Regards croisés avec l'autre.».. Au programme, longs-métrages, courts-métrages méticuleusement choisis, participation active et remarquable des lycéens de Gustave Jaume, spectacles et surtout débats. On notera la qualité des intervenants, pour la plupart des gens de terrain, pétris d'humanisme et d'un regard sur l'autre qui a su interroger le nôtre, le faire évoluer. Rappelons que lors de la journée d'ouverture de ces rencontres, Christian Michelon, professeur de philosophie à Avignon se félicitait :"Le thème retenu cette année rejoint l'actualité brûlante qui rend l'époque inquiétante. " Et d'affirmer derechef: "L'Amicale Laïque marque sa différence et dénonce l'idéologie identitaire et sécuritaire. Elle ne partage pas ces valeurs là. " Un grand coup de chapeau à Jacques Poncet Montange, à l'origine de cette manifestation, tout d'abord pour l'esprit de partage et de convivialité qu'il y insuffle et d'autre part pour l'élévation du débat, (une marque de fabrique) le choix des intervenants et des thématiques abordées. Un petit bémol, le manque de coordination qui a surgi ici et là entre la prise de parole des uns et des autres. En tout cas, le public ne s'y est pas trompé et semble désormais fidélisé, participant activement lors des débats, alimentant ainsi la réflexion. N'oublions pas les bénévoles, membres actifs de l'Amicale, toujours très affables. "L'autre": un thème qu'ils ont exploré à fond pendant ces trois jours, se mettant au service de tous. Qui dit mieux ! Fort de ce succès Jacques Poncet a annoncé le thème de l'année 2007 «Les peuples minoritaires dans leur propre pays, »

Anne KERBRAT (Le Dauphiné Libéré du 24/01/2006)


Exposition de l'Ecole du Centre


 

REGARDS CROISÉS AVEC L'AUTRE"

Les compte-rendus des trois journées

Jeudi 19 janvier


L'autre, un champ de définitions

Dans le cadre des 4ème rencontres de Bourg ayant pour thématique "Regards croisés avec l'autre " s'est tenu un débat alimenté par le court métrage de Lyes Salem, « Cousines ». Un film explicite sur le contexte en Algérie, la montée de l'idéologie islamiste à travers le regard d'un jeune musulman intégré dans la société française qui retourne en vacances au pays, et devient révélateur des frustrations que vivent ses cousines, au quotidien. On regrettera lors de la prise de parole qui a suivi avec pour invités, Abdellatif Chaouite, ethno-psychologue, qui travaille entre autres à l'ADATE, «Association Dauphinoise Accueil Travailleurs Étrangers» et Zarina Khan, écrivain, réalisatrice, metteur en scène, l'absence de coordination entre leurs interventions, avec un fil conducteur très fluctuant, leur approche du sujet ayant quelques difficultés à se rencontrer. Ce qui n'a pas empêché l'un et l'autre de développer une approche loin d'être dénuée d'intérêt. On retiendra de la part d'Abdellatif Chaouite, une définition de l'autre qui a le mérite de la clarté : « Toute relation est faite de crainte, d'inquiétante étrangeté (Freud) mais elle est aussi habitée par un terreau universel. On ne peut pas dépasser l'ambiguïté d'une relation au risque de tomber dans l'idéalisation, de fantasmer l'autre ou au contraire de le diaboliser. Mais le regard croisé est possible. Et là, il faut se demander de quoi est chargée cette relation? Qu'est ce qui se joue ? » Zarina Khan a, quant à elle, axé son discours, résumons le ainsi par le « Connais-toi toi même de Socrate et tu connaîtras l'univers » rappelant que chacun vit tout d'abord en exil de lui même. Et que le premier chemin à emprunter est le retour à soi. " Car si je suis exilé de moi, je le suis aussi des autres. Je ne peux comprendre l'autre que si je me comprends ". Des échanges qui ont aussi tourné autour des cultures patrilinéaires très présentes autour de la Méditerranée et Abdellatif Chaouite de rappeler à juste titre que ce type de sociétés a préexisté aux trois religions monothéistes mais c'est encore un autre débat...
AnneKERBRAT » Dauphiné Libéré du 20/01/2006

 


Abdellatif Chaoulte et Zarina Khan, un psycho ethnologue et une réalisatrice dont les points de vue ne se sont guère croisés !

 

Vendredi 20 janvier

L'identité en question

Dans le cadre des rencontres de Bourg, le spectacle de Nedjam Benchaïb et de Sophia Ferez avec une mise en scène d'Armand Thomas a fait l'unanimité. Très émouvant, poétique, tout en beauté esthétique soulevant la problématique de l'entre deux culturel, Koulouskout ou Applaudis allie le chant la danse, le cirque et le théâtre avec des textes écrits par les comédiennes dont la mise en scène tirée au cordeau est remarquable. Sa thématique tourne autour de la double culture. Son questionnement reste entier. Ce qu'a dénoncé une personne du public : " Vous ne voulez pas, par gentillesse intellectuelle très certainement heurter les sensibilités, c'est tout à votre honneur mais la fonction de l'art n'est-il pas d'oser dénoncer les choses ? En tout cas, d'ouvrir des perspectives. Peut être pourriez-vous apporter dans votre prochain spectacle des réponses aux jeunes qui ont des problèmes ". II se trouve que les deux comédiennes vivent leur double culture comme une richesse et non comme un problème ceci expliquant cela. La part de communicable et d'irréductible dans une culture fut également au cœur du débat. Et l'on retiendra lès propos forts de Marielle Triolet Ndiàye, écrivain française, mariée à un pêcheur sénégalais. Elle vient de publier Femme blanche, Afrique Noire.."Diplômée de Sciences politiques, j'ai quitté la France à 34 ans. J'ai rencontré ce pêcheur africain, mon mari qui m'a fait grandir et me découvrir. On ne peut cependant pas assimiler une nouvelle culture, on s'adapte pour ne pas être exclue et on prend ce qui nous intéresse. Pour ma part, je trouve qu'en France, la solitude et l'isolement sont des corvées bien plus lourdes que de porter une bassine sur sa tête, même si je ne serai jamais une Sénégalaise de souche. On s'adapte mais on ne s'intègre pas si ce que l'on est nous suffît». Et de souligner : « L'autre reste jusqu'au bout toujours une énigme. Et la seule chose qui permet de comprendre l'autre, c'est l'Amour, le vrai, au-delà des mots. Il ne faut pas chercher à comprendre, il faut aimer ».
Anne KEHBRAT- (Le Dauphiné Libéré du 21/01/2006)



De droite à gauche, les comédiennes du spectacle, Kouikuskout ou Apllaudis très appréciées du public, à leurs côtés, Marielle Triolet N'Dlaye, écrivain, mariée à un pêcheur sénégalais

 

Samedi 21 janvier
Un îlot d'humanité

Il suffit de quelques hommes, réunis non pas pour se mettre en valeur mais pour mettre en commun ce qu'il ont compris, pas seulement intellectuellement mais aussi humainement, pour que quelque chose se passe. Que l'on se réchauffe à la flamme de ce qui les anime, c'est à dire l'autre. C'est ce qui s'est passé lors des rencontres de Bourg. On en revient enrichi, pas encore transformé, ce ne sont pas des magiciens non plus mais des passeurs. Le thème débattu lors de la dernière journée " l'inter-culturalité " aura eu ses chantres, Stéphane Elmadjian avec son court-métrage « Je m'appelle » sur la condition ouvrière, l'oppression, l'aliénation de l'individu à un carcan qui le broie et le problème de la transmission et Jean-Louis Saletés, chercheur en sociologie historique, qui consacre son temps à l'Afrique. Sur le thème débattu, que retenir? Très certainement, une autre vision des choses. "La question n'est pas, a souligné Jean-Louis Saletés, qu'est-ce que je vais apporter à l'autre mais qu'est-ce que l'autre m'apprend?
Notre regard se croit bien souvent, généreux mais au bout du compte, il est humiliant. L'inter-culturalité, c'est d'abord écouter, car ce qui change l'autre, c'est surtout le regard que l'on porte sur lui. Et de noter : "J'ai fait mes études en France mais les vraies ont commencé quand j'ai rencontré l'Afrique. " Avant d'affirmer : "Nous nous contentons de certitude intellectuelle qu'on n'incarne pas." La. grande leçon d'humanité, on l'a vécue avec Ali Zebboudj, personnage central du film de Chantai Briet,"Alimentation générale", où il joue son propre rôle, épicier à Épinay depuis dix-huit ans. Et Jean-Loup Saletes d'affirmer : "Je trouve extraordinaire d'y voir l'humanité incamée, vous avez fait monsieur le moitié du chemin, vous êtes un exemple. C'est mieux qu'un discours. Permettez-moi de vous demander ce qui vous a valu d'être ainsi ? " Et ce dernier de répondre : " Je ne sais pas ". La bonté qui s'ignore produit toujours des fruits miraculeux.

Anne KERBRAT (Dans le Dauphiné Libéré du 23/01/2006)

 

 

Ali Zebboudj, épicier, chanteur et musicien